Krishnamurti Dernier Journal

Vers le soir, quand le soleil couchant illumine l’ouest, l’arbre peu à peu s’assombrit, se referme sur lui-même. Le ciel est rouge, jaune, vert, mais l’arbre reste silencieux, retranché, il se repose pour la nuit.
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Si vous établissez un rapport avec lui, vous êtes en rapport avec l’humanité. Vous devenez responsable de cet arbre et de tous les arbres du monde. Mais si vous n ‘êtes pas en relation avec les êtres vivants de la terre, vous risquez de perdre votre rapport à l’humanité, aux êtres humains. Nous n ‘observons jamais profondément la qualité d’un arbre: nous ne le touchons jamais pour sentir sa solidité, la rugosité de son écorce, pour écouter le bruit qui lui est propre. Non pas le bruit du vent dans les feuilles, ni la brise du matin qui les fait bruisser, mais un son propre, le son du tronc, et le son silencieux des racines. Il faut être extrêmement sensible pour entendre ce son. Ce n’est pas le bruit du monde, du bavardage de la pensée, ni celui des querelles humaines et des guerres, mais le son propre de l’univers.
Il est curieux que nous ayons si peu de rapports avec la nature, avec les insectes, la grenouille bondissante, et le hibou qui hulule d’une colline à l’autre, appelant un compagnon. Il semble que nous n’éprouvions pas de sentiment à l’égard de tous les êtres vivants de la terre. Si nous pouvions établir une relation profonde et durable avec la nature, nous ne tuerions jamais d’animaux pour nous nourrir, nous ne ferions jamais de mal aux singes, aux chiens ou aux cochons d’Inde en pratiquant la vivisection dans notre seul intérêt. Nous trouverions d’autres moyens de soigner nos blessures et de guérir nos maladies. Mais la guérison de l’esprit est tout autre chose. Cette guérison s’opère peu à peu au contact de la nature, de l’orange sur sa branche, du brin d’herbe qui se fraie un passage dans le ciment, et des collines couvertes, cachées par les nuages.

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La première et dernière liberté, Krishnamurti

Je pense que, sans trop de discussions, sans trop d’expressions verbales, nous sommes tous conscients du fait que nous vivons actuellement dans un chaos, une confusion, une misère, à la fois individuels et collectifs.
Cela est vrai non seulement en Inde, mais partout dans le monde : en Chine, en Amérique, en Angleterre, en Allemagne, bref, le monde entier est dans un état de confusion, de misère grandissante. Cette souffrance, non seulement individuelle mais aussi collective, est extraordinairement aiguë. Il s’agit donc d’une catastrophe mondiale, et la limiter à une simple région géographique, à telle section colorée de la mappemonde serait absurde, car cela nous empêcherait de comprendre la pleine signification de cette souffrance mondiale et individuelle. Étant conscients de cette confusion, quelle est notre réponse à ce fait ? Comment y réagissons-nous ?
La souffrance est politique, sociale, religieuse; tout notre être psychologique est dans la confusion, nos chefs politiques et religieux n’y peuvent rien et les livres sacrés ont perdu leur valeur. Vous pouvez consulter la Bhagavad Gîtâ ou la Bible ou le dernier traité de politique ou de psychologie et vous verrez qu’ils ont perdu la résonance, la qualité de la vérité. Ce ne sont plus que de simples mots. Et vous-mêmes, qui faites profession de répéter ces mots, vous êtes confus et incertains, cette répétition ne transmet rien. Ainsi, les mots et les livres ont perdu leur signification et vous, qui citez la Bible, Karl Marx ou la Bhagavad Gîtâ, étant vous-mêmes dans l’incertitude et la confusion, votre répétition devient mensonge, les mots écrits ne sont plus que propagande, et la propagande n’est pas la vérité. Aussitôt que vous vous mettez à répéter, vous cessez de comprendre votre propre état d’esprit. Vous ne faites que cacher votre confusion au moyen de l’autorité que vous accordez à des mots. Mais ce que nous essayons de faire, ici, c’est comprendre cette confusion et non la recouvrir au moyen de citations. Or, quelle est votre réponse à cela ? Comment réagissez-vous à cet énorme chaos, à cette confuse incertitude de l’existence ? Soyez-en conscients à mesure que j’en parle; ne suivez pas mes mots mais la pensée qui agit en vous. La plupart d’entre nous ont l’habitude d’être des spectateurs et de ne pas participer à l’action; de lire des livres et de ne pas en écrire; être spectateur est devenu une tradition, 7
notre habitude nationale et universelle. J.Krishnamurti

 La première et dernière liberté, J.Krishnamurti

Introduction
Communiquer l’un avec l’autre, même si l’on se connaît très bien, est extrêmement difficile. Il se peut que j’emploie des mots dans un sens qui n’est pas le vôtre, mais il ne peut y avoir de compréhension entre nous que si nous nous rencontrons au même niveau, au même instant. Une telle entente comporte une affection réelle entre une personne et l’autre, entre mari et femme, entre amis intimes. C’est cela la vraie communion: une compréhension réciproque et instantanée qui se produit lorsqu’on se rencontre au même niveau, au même instant. Cette communion spontanée, effective et comportant une action définie est très difficile à établir. J’emploie des mots simples, qui ne sont pas techniques, car je pense qu’aucun mode spécialisé d’expression ne peut nous aider à résoudre nos problèmes fondamentaux. Je ne me servirai donc d’aucun terme technique employé soit en psychologie, soit en science. Je n’ai, heureusement, lu aucun livre de psychologie ou de doctrine religieuse. Je voudrais transmettre, au moyen des mots très simples de la vie quotidienne, un sens plus profond que celui qu’on leur accorde habituellement; mais cela me sera difficile si vous ne savez pas écouter.
Il existe un art d’écouter. Pour écouter réellement, il faut pouvoir abandonner, ou écarter, tous les préjugés, les expressions toutes faites et les activités quotidiennes. Lorsque l’on est dans un état d’esprit réceptif, l’on peut comprendre aisément; vous écoutez aussitôt que vous accordez réellement votre attention à ce que l’on dit. Mais, malheureusement, la plupart d’entre nous écoutent à travers un écran de résistances. Nous vivons derrière un écran fait de préjugés, religieux ou spirituels, psychologiques ou scientifiques, ou composé de nos soucis quotidiens, de nos désirs et de nos craintes. Et, abrités derrière tout cela, nous écoutons. Donc, nous n’entendons en réalité que notre propre bruit, notre son, et non pas ce que l’on nous dit. Il est extrêmement difficile de mettre de côté notre formation, nos préjugés, nos inclinations, nos résistances, et, allant au-delà de l’expression verbale, d’écouter de façon à comprendre instantanément ce que l’on nous dit. Ce sera là une de nos difficultés.

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La vie religieuse n’est pas de l’autre côté du fleuve, elle est de ce côté-ci, du côté du labeur et de la peine de l’homme. C’est cela qu’il nous faut comprendre, et c’est l’action de comprendre qui est l’acte religieux – non pas le fait de se couvrir de cendres, de porter un pagne ou une mitre, de s’asseoir avec dignité ou de se faire transporter à dos d’éléphant.

Voir l’ensemble de la condition humaine, ses plaisirs et ses souffrances, est de toute première importance, et non spéculer sur ce que devrait être une vie religieuse. Ce qui « devrait être » est un mythe ; c’est une morale que la pensée et l’imagination ont élaborée, et il faut la nier, qu’elle soit sociale, religieuse ou industrielle. Ce rejet n’est pas un acte de l’intellect : il consiste à se dégager de la structure immorale de cette morale.

La question est donc en réalité : « Est-il possible d’en sortir ? » C’est la pensée qui a créé cet effrayant chaos, cette détresse ; c’est elle qui fait obstacle à la vraie religion et à la vie religieuse. Lorsqu’elle s’imagine pouvoir franchir cet obstacle, y parviendrait-elle, ce ne serait jamais que son action propre, et comme elle n’a pas de réalité, elle créerait une autre illusion.

S’affranchir de ce conditionnement n’est pas un acte de la pensée. Il faut le comprendre clairement, autrement on se laisse prendre à nouveau dans le piège de la pensée. Après tout, le « vous-même » est un amas de mémoires, de traditions et de connaissances accumulées par les siècles. Ce n’est que lorsque la douleur prend fin (car la douleur est le résultat de la pensée) que l’on peut se dégager du monde des guerres, de la haine, de l’envie et de la violence. L’acte de ce dégagement est la vie religieuse.

(Moon+ Reader v3.0, La révolution du silence)

Krishnamurti

voir ne pas voir

Krishnamurti, la revolution du silence, p39

Nous lisons beaucoup, nous assistons à de nombreux concerts, nous allons dans des musées, nous regardons la télévision, nous avons toutes sortes de distractions. Nous citons sans fin les idées d’autrui, nous pensons beaucoup à l’art et en parlons souvent. A quoi correspond cet attachement à l’art? Est-ce une évasion? Un stimulant. Lorsqu’on est directement en contact avec la nature ; lorsqu’on observe le mouvement de l’oiseau sur son aile ; lorsqu’on voit la beauté de chaque mouvement du ciel ; lorsqu’on regarde le jeu des ombres sur les collines ou la beauté d’un visage, pensez-vous que l’on trouve le besoin d’aller voir des peintures dans un musée ? Peut-être est-ce parce que vous ne savez pas voir tout ce qui est autour de vous que vous avez recours à quelque drogue pour stimuler votre vision.

Il y a l’histoire d’un maître religieux qui parlait tous les jours à ses disciples. Un matin où il se trouvait sur son estrade, s’apprêtant à parler, un petit oiseau se posa sur le rebord de la fenêtre et se mit à chanter de tout cœur. Lorsqu’il se tut et qu’il s’envola, le maître dit : « Le sermon de ce matin est terminé. »

Une de nos plus grandes difficultés est, à mon sens, celle qui consiste à voir par nous-mêmes, d’une façon réellement claire, non seulement le monde extérieur, mais notre vie intérieure. Lorsque nous pensons voir un arbre, une fleur, ou une personne, les voyons-nous réellement, ou voyons-nous l’image que le mot a créée ? Lorsque vous regardez un arbre, un nuage, par une soirée lumineuse et délicieuse, ne les voyez-vous qu’avec vos yeux et votre intellect, ou les voyez-vous totalement, complètement?

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Avez-vous jamais essayé de regarder un élément quelconque du monde objectif – un arbre, par exemple sans les associations et les connaissances que vous avez acquises à son sujet, sans préjugés, sans jugements, sans aucun des mots qui font écran entre vous et l’arbre et qui vous empêchent de le voir tel qu’il est dans sa réalité? Essayez donc, et voyez ce qui se produit lorsqu’on observe de tout son être, avec la totalité de son énergie. Vous verrez que dans cette intensité il n’y a pas du tout d’observateur: il n’y a que de l’attention. Ce n’est que l’inattention qui sépare l’observateur de la chose observée. Dans l’attention totale il n’y a pas de place pour des concepts, des formules ou des souvenirs

Vanités plurielles

La révolution du silence), Krishnamurti

Être religieux ce n’est pas porter un pagne, n’avoir qu’un repas par jour, ou répéter quelque mantra ou quelques phrases absurdes bien qu’elles puissent agir comme stimulants. Et c’est être encore mondain lorsqu’on renonce au monde et qu’on en fait partie intérieurement, parce qu’on est envieux, avide et peureux, qu’on accepte l’autorité et la division entre celui qui sait et celui qui ne sait pas. C’est encore s’attacher au siècle que de rechercher une réussite, que ce soit la célébrité ou la réalisation d’un but que l’on appelle l’idéal, ou Dieu, ou autrement. Ce qui est essentiellement du siècle c’est accepter la tradition d’une culture. Se retirer dans une montagne, loin des hommes, n’élimine pas cette vanité. La réalité, en aucune circonstance, ne se trouve dans cette direction.

Il faut être seul, mais cet état n’est pas un isolement. Il implique un affranchissement du monde de l’avidité, de la haine et de la violence, avec ses subtilités, sa douloureuse solitude et son désespoir.

Être seul c’est être un étranger qui n’appartient à aucune religion, nation ou croyance, à aucun dogme. Être seul est l’état d’une innocence que n’ont jamais atteint les méfaits commis par l’homme. C’est une innocence qui peut vivre dans le monde, avec toutes ses confusions, et pourtant ne pas y appartenir. Elle ne porte aucun revêtement particulier. La floraison du bien n’a lieu le long d’aucun sentier, car il n’y a pas de sentier qui mène à la vérité.

(Moon+ Reader v3.0, La révolution du silence), Krishnamurti

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Ecclésiaste 1:2-11 /bible

Vanité des vanités, dit le Prédicateur ; vanité des vanités ! Tout est vanité. Quel profit a l’homme de tout son labeur dont il se tourmente sous le soleil ? Une génération s’en va, et une génération vient ; et la terre subsiste toujours. Et le soleil se lève, et le soleil se couche, et il se hâte vers son lieu où il se lève, Le vent va vers le midi, et il tourne vers le nord ; il tourne et retourne ; et le vent revient sur ses circuits. Toutes les rivières vont vers la mer, et la mer n’est pas remplie ; au lieu où les rivières allaient, là elles vont de nouveau. Toutes choses travaillent, l’homme ne peut le dire ; l’œil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se satisfait pas d’entendre. Ce qui a été, c’est ce qui sera ; et ce qui a été fait, c’est ce qui se fera ; et il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Y a-t-il une chose dont on puisse dire : Regarde ceci, c’est nouveau ? — Elle a été déjà, dans les siècles qui furent avant nous. Il n’y a pas de souvenir des choses qui ont précédé ; et de même, de celles qui seront après, il n’y en aura pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard.
(Ecclésiaste 1:2-11 [FreJND])

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On ne comprend une chose qu’en vivant intimement avec elle. Mais dès qu’on s’y habitue – dès qu’on s’habitue, par exemple, à l’angoisse ou à la jalousie on ne vit plus avec elle. Si l’on vit près d’un torrent, au bout de quelques jours on ne l’entend plus ; un tableau dans votre chambre, après quelque temps, disparaît à votre regard. Il en est de même des montagnes, des vallées, des arbres ; il en est de même de votre famille, de votre mari, de votre femme. Mais pour vivre avec la jalousie, l’envie, l’inquiétude, il ne faut jamais s’y habituer, jamais les accepter. Il faut en prendre soin tout comme on soigne un arbre nouvellement planté, l’abritant du soleil et des orages ; en prendre soin sans condamnation ni justification. Alors on commence à l’aimer. En prendre soin, c’est l’aimer. Ce n’est pas que l’on aime être envieux ou anxieux, ainsi que cela arrive à tant de personnes, mais plutôt que l’on éprouve un penchant naturel à observer.

Pouvez-vous donc – pouvons-nous, vous et moi vivre avec ce que nous sommes réellement, nous sachant ternes, envieux, craintifs, incapables d’affection alors que nous nous croyons pleins d’amour, vite blessés dans notre amour-propre, facilement flattés, blasés… pouvons-nous vivre avec tout cela, sans l’accepter ni le nier, mais en un état d’observation qui ne serait ni morbide, ni déprimé, ni exalté?

Posons-nous une autre question: pourrions-nous atteindre cette liberté, cette solitude, ce contact avec la structure entière de ce que nous sommes, en y mettant du temps? En d’autres termes: la liberté peut-elle être conquise par un processus graduel? Évidemment pas, car la durée, aussitôt qu’on l’introduit, nous rend de plus en plus esclaves. On ne peut pas devenir libre graduellement. Cela n’est pas une affaire de temps.

Et maintenant posons-nous la question qui résulte des précédentes: peut-on devenir conscient de cette liberté? Si vous dites: « je suis libre », c’est que vous ne l’êtes pas, de même que l’homme qui se dit heureux ne l’est pas, car s’il le dit, c’est qu’il revit la mémoire d’un certain passé. La liberté ne peut se produire que d’une façon naturelle, non en la souhaitant, en la voulant, en aspirant à elle. Elle ne se laisse pas atteindre, non plus, à travers l’image que l’on s’en fait. Pour la rencontrer, on doit apprendre à considérer la vie – qui est un vaste mouvement – sans la servitude du temps, car la liberté demeure au-delà du champ de la conscience.

(Moon+ Reader v3.0, Se Liberer Du Connu)
Krishnamurti

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Qu’est-ce que l’amour? Ce mot est si galvaudé et corrompu, que j’ose à peine le prononcer. Tout le monde parle de l’amour: tous les périodiques, tous les journaux ; et les missionnaires parlent d’un amour éternel. « J’aime mon pays, j’aime mon roi, j’aime tel livre, J’aime cette montagne, j’aime le plaisir, j’aime ma femme, j’aime Dieu »… l’amour-est-il une idée? Dans ce cas on peut le cultiver, le nourrir, le chérir, le promouvoir, le déformer de toutes les façons.

Lorsque vous déclarez que vous aimez Dieu, qu’est-ce que cela veut dire? Que vous aimez une projection issue de votre imagination, une projection de vous-même, revêtue d’une sorte de respectabilité, conforme à ce que vous croyez être noble et saint. Dire « J’aime Dieu » est une absurdité. Adorer Dieu c’est s’adorer soi-même, ce n’est pas de l’amour.

Parce que nous ne trouvons pas de solution à l’amour entre humains, nous avons recours à des abstractions. L’amour pourrait bien être l’ultime solution à toutes les difficultés des hommes entre eux, à leurs problèmes, à leur peine, mais comment nous y prendre pour savoir ce que c’est? En le définissant? L’Église le définit d’une façon, la société d’une autre, et il y a, en outre, toutes sortes de déviations et de perversions: adorer quelqu’un, coucher avec quelqu’un, échanger des émotions, vivre en compagnie, est-ce cela que nous appelons l’amour? Mais oui, c’est bien cela, et ces notions sont, malheureusement, si personnelles, si sensuelles, si limitées, que les religions se croient tenues de proclamer l’existence d’un amour transcendantal. En ce qu’elles appellent l’amour humain, elles constatent du plaisir, de la jalousie, un désir de s’affirmer, de posséder, de capter, de dominer, d’intervenir dans la pensée d’autrui, et voyant toute cette complexité, elles affirment qu’existe un autre amour, divin, sublime, infrangible, impollué.

Des hommes saints, partout dans le monde, soutiennent que regarder une femme est mal ; qu’il est impossible de se rapprocher de Dieu si l’on prend plaisir à des rapports sexuels ; et, ce faisant, ils refoulent leurs désirs qui les dévorent. En niant la sexualité, ils ?se bouchent les yeux et s’arrachent la langue, car ils nient toute la beauté de la terre. Ils ont affamé leur cœur et leur esprit. Ce sont des êtres déshydratés, ils ont banni la beauté, parce que la beauté est associée à la femme.

Peut-on diviser l’amour en amour sacré et profane, divin et humain, ou est-il indivisible? Se rapporte-t-il à une personne et pas au nombre? Lorsqu’on dit: « Je t’aime », est-ce que cela exclut l’amour pour d’autres? L’amour est-il personnel ou impersonnel? Moral ou immoral? Est-il réservé à la famille? Et si l’on aime l’humanité, peut-on aimer une personne? Est-ce un sentiment? Une émotion? Un plaisir?

Un désir?

Toutes ces questions indiquent, n’est-ce pas, que nous avons des idées au sujet de l’amour, des idées sur ce qu’il devrait être ou ne pas être, en somme un critérium ou un code élaboré par la culture à laquelle nous appartenons.

Pour voir clair en cette question, il nous faut donc, au préalable, nous libérer des incrustations des siècles, il faut mettre à l’écart tous les idéaux et idéologies au sujet de ce qu’il faut ou de ce qu’il ne faut pas que soit l’amour. Créer une séparation entre ce qui « est » et ce qui « devrait être » est la façon la plus illusoire de considérer la vie.

(Moon+ Reader v3.0, Se Liberer Du Connu)

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Il appartient donc à chacun de nous de savoir s’il veut être absolument libre. Si nous le voulons, nous devons commencer par comprendre la nature et la structure de la liberté.

Est-ce de « quelque chose que nous voulons nous libérer? De la douleur? De l’angoisse? Cela ne serait pas vouloir la liberté, qui est un état d’esprit tout différent. Supposons que vous vous libériez de la jalousie. Avez-vous atteint la liberté ou n’avez-vous fait que réagir, ce qui n’a en rien modifié votre état?

On peut très aisément s’affranchir d’un dogme en l’analysant, en le rejetant, mais le mobile de cette délivrance provient toujours d’une réaction particulière due, par exemple, au fait que ce dogme n’est plus à la mode ou qu’il ne convient plus. On peut se libérer du nationalisme parce que l’on croit à l’internationalisme ou parce que l’on pense que ce dogme stupide, avec ses drapeaux et ses valeurs de rebut, ne correspond pas aux nécessités économiques. S’en débarrasser devient facile. On peut aussi réagir contre tel chef spirituel ou politique qui aurait promis la liberté moyennant une discipline ou une révolte. Mais de telles conclusions logiques, de tels raisonnements ont-ils un rapport quelconque avec la liberté ?

Si l’on se déclare libéré de « quelque chose », cela n’est qu’une réaction qui engendrera une nouvelle réaction, laquelle donnera lieu à un autre conformisme, à une nouvelle forme de domination. De cette façon, on déclenche des réactions en chaîne et l’on imagine que chacune d’elles est une libération.

Mais il ne s’agit là que d’une continuité modifiée du passé, à laquelle l’esprit s’accroche.
[…]
La liberté ne survient que lorsque l’action est celle d’une vision claire ; elle n’est jamais déclenchée par une révolte. Voir clairement c’est agir, et cette action est aussi instantanée que lorsqu’on fait face à un danger. Il n’y a, alors, aucune élaboration cérébrale, aucune controverse, aucune hésitation ; c’est le danger lui-même qui provoque l’acte. Ainsi, voir c’est à la fois agir et être libre.

La liberté est un état d’esprit, non le fait d’être affranchi de « quelque chose » ; c’est un sens de liberté ; c’est la liberté de douter, de remettre tout en question ; c’est une liberté si intense, active, vigoureuse, qu’elle rejette toute forme de sujétion, d’esclavage, de conformisme, d’acceptation. C’est un état où l’on est absolument seul, mais peut-il se produire lorsqu’on a été formé par une culture de façon à être toujours tributaire, aussi bien d’un milieu que de ses propres tendances? Peut-on, étant ainsi constitué, trouver cette liberté qui est solitude totale, en laquelle n’ont de place ni chefs spirituels, ni traditions, ni autorités?

0, Se Liberer Du Connu)

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La méditation est le déploiement du neuf. Le neuf est au-delà et au-dessus du passé répétitif – et la méditation met une fin à cette répétition. La mort que provoque la méditation est l’immortalité du neuf. Le neuf n’est pas dans le champ de la pensée, et la méditation est le silence de la pensée.

La méditation n’est pas un accomplissement, ce n’est pas non plus la capture d’une vision ou l’ardeur d’une sensation. C’est comme un fleuve qu’on ne peut apprivoiser, rapide et débordant ses rives. C’est la musique qui n’a pas de sons ; on ne peut pas la domestiquer et s’en servir. C’est le silence en lequel l’observateur n’est plus là dès le début

(Moon+ Reader v3.0, La révolution du silence), Krishnamurti

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La méditation n’est pas la répétition du mot, ni l’expérience d’une vision, ni la mise en œuvre du silence. Le grain du chapelet et le mot peuvent bien faire taire l’esprit bavard, mais cela n’est qu’une forme d’auto-hypnose. Vous pouvez aussi bien avaler une pilule.

La méditation ne consiste pas à s’envelopper dans un tissu de pensées, dans l’enchantement du plaisir. La méditation n’a pas de commencement, elle n’a donc pas de fin.

Si vous dites : « Je commencerai aujourd’hui à contrôler mes pensées, à m’asseoir tranquillement dans une posture méditative, à respirer avec régularité, », c’est que vous êtes pris par les artifices avec lesquels on se trompe soi-même. La méditation n’est pas le fait d’être absorbé dans une idée ou une image grandioses : cela ne calmerait qu’un moment, à la façon dont un enfant est calme pendant le temps où un jouet l’absorbe. Mais dès que le jouet cesse d’être intéressant, l’agitation et les sottises recommencent. La méditation n’est pas la poursuite d’une voie invisible conduisant à quelque félicité imaginaire. L’esprit méditatif voit, observe, écoute sans le mot, sans commentaires, sans opinion, attentif au mouvement de la vie dans tous ses rapports, tout au long de la journée. Et la nuit, lorsque l’organisme est au repos, l’esprit méditatif n’a pas de rêves, car il a été éveillé tout le jour. Ce n’est que l’indolent qui a des rêves, ce ne sont que les personnes partiellement endormies qui ont besoin d’émissions émanant de leurs propres états de conscience.

(Moon+ Reader v3.0, La révolution du silence), Krishnamurti

rencontre sur le chemin

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matin, 1700 m
décor planté
je lis un passage de « se libérer du connu », enfin, relire, le livre est jaunit par les années …
le temps est idéal, je suis absorbé et eveillé à toute cette beauté présente
je vois un couple qui arrive de la droite, jeunes, en pleine forme, short, manches courtes, une femme, un homme la trentane, sportifs, ils s’approchent, beaux, sympas, ils s’accordent.
ils demandent si j’ai vu des chamois, pas depuis l’année dernière, mais je ne sais pas que j’en verrai un à l’heure du zénith dévalant le coté sud de la montagne.
le couple s’éloigne et continu leur marche, là où je ne vais plus pour l’instant, pas assez en forme …
eux je les vois, descendre, monter comme des cabris, quel chance, c’est juste ça la beauté …
voir ce paysage, entammer une discusion, voir, observer, s’impregner des possibles et du reste …
je descendrai quand même mais remonterai par les traces des chamois, ils ne font pas de perf, moi non plus, la sagesse et le bon sens des animaux, j’ouvre mes sens et suis les traces …

krishnamurti; se liberer du connu
Presse-papiers-4 Presse-papiers-5

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L’homme qui est venu nous voir plus tard, ce jour-là, nous dit être un instructeur d’artillerie dans la marine. Il était venu avec sa femme et deux enfants et avait l’air d’être un homme très sérieux. Après les salutations d’usage, il dit qu’il aimerait trouver Dieu. Il ne s’exprimait pas très bien : peut-être était-il un peu timide. Ses mains et son visage étaient d’un homme assez dégourdi, mais il avait une certaine dureté dans la voix et dans le regard – car, après tout, il enseignait une façon de tuer. Dieu semblait si éloigné de ses activités quotidiennes ! Le tout semblait si insolite ! Car voilà un homme qui se disait sincèrement à la recherche de Dieu et pourtant son gagne-pain l’obligeait à enseigner l’art de tuer.

Il dit qu’il était de sentiments religieux et qu’il avait erré à travers de nombreuses écoles tenues par de soi-disant saints hommes, d’opinions différentes. Il n’avait été satisfait par aucune d’elles et il avait maintenant entrepris un long voyage par train et par autobus, pour nous voir car il voulait savoir comment atteindre ce monde étrange que tant d’hommes et tant de saints ont cherché. Sa femme et ses enfants étaient assis respectueusement en silence, et sur une branche tout près de la fenêtre, une tourterelle beige clair roucoulait doucement, toute seule. L’homme ne la regarda pas une seule fois et les enfants avec leur mère demeuraient assis, rigides, nerveux, sans jamais sourire.

On ne peut pas trouver Dieu ; il n’y a pas de chemin pour cela. L’homme a inventé de nombreuses religions, des croyances, des sauveurs et des guides dont il pense qu’ils l’aideront à trouver une félicité sans fin. La misère de la recherche est qu’elle conduit à des imaginations de l’esprit, à des visions que l’esprit projette et évalue au moyen de choses connues. L’amour qu’il cherche est détruit par sa façon de vivre. On ne peut pas avoir une arme dans une main et Dieu dans l’autre. Dieu n’est qu’un symbole, un mot qui a perdu son sens, car les églises et les lieux de dévotion l’ont détruit.

Bien sûr, celui qui ne croit pas en Dieu est comme celui qui croit : l’un et l’autre souffrent et passent par la douleur d’une vie brève et vaine, et l’amertume de chaque journée, fait de cette vie une chose qui n’a pas de sens. La réalité n’est pas au bout d’un courant de pensée, et un cœur vide est rempli par les mots de la pensée. Nous devenons très habiles, nous inventons des philosophies, et puis vient l’amertume de leur faillite. Nous avons inventé des théories sur la façon d’atteindre l’Ultime et le dévot va au temple et se perd dans les imaginations de son esprit. Le moine et le saint ne voient pas que pour l’un et l’autre la réalité fait partie d’une tradition, d’une culture qui les accepte dans la catégorie des saints et des moines.

La tourterelle s’est envolée et la beauté de la montagne de nuages recouvre les champs et la vérité est là où on ne regarde jamais

(Moon+ Reader v3.0, La révolution du silence, Krishnamurti)
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Alors ? Observe … non ?