écrire

j’ai toujours voulu de + en + dématérialisé le sens et les mots d’une phrase, j’y arrive en poésie, moins en écriture, ce doit être cette saloperie d’ordinateur qui nique les idées.
l’informatique c’est de la merde, et ça le restera longtemps, c’est juste l’oeuvre du diable, l’envers de l’obscurité, le mal qui s’insinue dans la lumière …
ce n’est qu’une forme, un média d’écriture ? non, on n’écrit bien qu’avec sa main et un stylo, sans être perturbé …
rien ne vaut le flash du cerveau inondant l’encre du stylo …

toile dévétu

 

 

sourires expressions plates
des vers intestins
aux amitiés scélérates
dans ton coeur dans tes mains
le baiser de judas
pestilence des lumières anonymes
chaque mot au bout des doigts
dilués dans la foule des crimes
chaque seconde électrique

un poignard enfonce la mort
étrange pouvoir qui te fliques
te transperce comme un matador
c’est ton sang absorbé par les vers
sur cette toile aux araignées démentes
digérés finir comme la fiente
dilué en déchets de l’univers

perdre pieds et ames

 

Simone Weil, la pesanteur et la grace, 1943

Consentement au bien, non pas à aucun bien saisissable, représentable, mais consentement inconditionné au bien absolu.
En consentant à ce que nous nous représentons comme étant le bien, nous consentons à un mélange de bien et de mal, et ce consentement produit du bien et du mal : la proportion de bien et de mal en nous ne change pas. Au contraire, le consentement inconditionné au bien que nous ne pouvons pas et ne pourrons jamais nous représenter, ce consentement est du bien pur et ne produit que du bien, et il suffit qu’il dure pour qu’en fin de compte l’âme tout entière ne soit que bien.

La foi (quand il s’agit d’une interprétation surnaturelle du naturel) est une conjecture par analogie basée sur des expériences surnaturelles. Ainsi ceux qui possèdent le privilège de la contemplation mystique, [128] ayant fait l’expérience de la miséricorde de Dieu, supposent que, Dieu étant miséricorde, le monde créé est œuvre de miséricorde. Mais quant à constater cette miséricorde directement dans la nature, il faut se rendre aveugle, sourd, sans pitié pour croire qu’on le peut. Aussi les Juifs et les Musulmans, qui veulent trouver dans la nature les preuves de la miséricorde divine, sont-ils impitoyables. Et les chrétiens souvent aussi.
C’est pourquoi la mystique est la seule source de la vertu d’humanité. Car ne pas croire que derrière le rideau du monde il y ait une miséricorde infinie ou croire que cette miséricorde est devant le rideau, ces deux choses rendent cruel.

Il y a quatre témoignages de la miséricorde divine ici-bas. Les faveurs de Dieu aux êtres capables de contemplation (ces états existent et font partie de leur expérience de créatures). Le rayonnement de ces êtres et leur compassion qui est la compassion divine en eux. La beauté du monde. Le quatrième témoignage est l’absence complète de miséricorde ici-bas [1].
Incarnation. Dieu est faible parce qu’il est impartial. Il envoie les rayons du soleil et la pluie sur les bons comme sur les méchants. Cette indifférence du Père et la faiblesse du Christ se répondent. Absence de Dieu. Le royaume des cieux est comme un grain de [129] sénevé… Dieu ne change rien à rien. On a tué le Christ, par colère, parce qu’il n’était que Dieu.

Si je pensais que Dieu m’envoie la douleur par un acte de sa volonté et pour mon bien, je croirais être quelque chose, et je négligerais l’usage principal de la douleur, qui est de m’apprendre que je ne suis rien. Il ne faut donc rien penser de semblable. Mais il faut aimer Dieu à travers la douleur.
Je dois aimer être rien. Comme ce serait horrible si j’étais quelque chose. Aimer mon néant, aimer être néant. Aimer avec la partie de l’âme qui est située de l’autre côté du rideau, car la partie de l’âme qui est perceptible à la conscience ne peut pas aimer le néant, elle en a horreur. Si elle croit l’aimer, ce qu’elle aime est autre chose que le néant.

Dieu envoie le malheur indistinctement aux méchants comme aux bons, ainsi que la pluie et le soleil. Il n’a pas réservé la croix du Christ. Il n’entre en contact avec l’individu humain comme tel que par la grâce purement spirituelle qui répond au regard tourné vers lui, c’est-à-dire dans la mesure exacte où l’individu cesse d’en être un. Aucun événement n’est une faveur de Dieu, la grâce seule.

K-o 3d carré

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le chaos mathématique, le chaos simple qui domine mon être, mais qui fait aussi que je peux par hasard faire 30 km et tomber nez à nez sur une personne de ma famille sortant de ce magasin, alors que j’y rentre à cette heure précise sans avoir pris rdv, en m’y rendant 1 ou deux fois l’an …
je peux faire 1500 km , partant en vacance dans un coin perdu du portugal, et tomber nez à nez avec un voisin, il est là juste en face de l’appartement que j’ai loué, là par hasard , il  a de la famille là, il est là pour qq jours, à cette date, à cet endroit, là …
et si toi lecteur tu étais là par le même hasard … ?
depuis des centaines de milliers d’années des atomes se lient et se délient et sont intimement liés par une secrète formule de chimie et de lumière, par ce chaos mathématique qui régit l’ordre de l’univers …

carré rond k-o hasard

Simone Weil, la pesanteur et la grace , 1943

Les êtres que j’aime sont des créatures. Ils sont nés du hasard. Ma rencontre avec eux est aussi un hasard. Ils mourront. Ce qu’ils pensent, ce qu’ils sentent et ce qu’ils font est limité et mélangé de bien et de mal.
Savoir cela de toute son âme et ne pas les aimer moins.
Imiter Dieu qui aime infiniment les choses finies en tant que choses finies.

Nous voudrions que tout ce qui a une valeur fût éternel. Or tout ce qui a une valeur est le produit d’une rencontre, dure par rencontre et cesse lorsque ce qui s’était rencontré se sépare. C’est la pensée centrale du bouddhisme (pensée héraclitéenne). Elle mène tout droit à Dieu.
La méditation sur le hasard qui a fait rencontrer mon père et ma mère est plus salutaire encore que celle de la mort.

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