Krishnamurti Dernier Journal

Vers le soir, quand le soleil couchant illumine l’ouest, l’arbre peu à peu s’assombrit, se referme sur lui-même. Le ciel est rouge, jaune, vert, mais l’arbre reste silencieux, retranché, il se repose pour la nuit.
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Si vous établissez un rapport avec lui, vous êtes en rapport avec l’humanité. Vous devenez responsable de cet arbre et de tous les arbres du monde. Mais si vous n ‘êtes pas en relation avec les êtres vivants de la terre, vous risquez de perdre votre rapport à l’humanité, aux êtres humains. Nous n ‘observons jamais profondément la qualité d’un arbre: nous ne le touchons jamais pour sentir sa solidité, la rugosité de son écorce, pour écouter le bruit qui lui est propre. Non pas le bruit du vent dans les feuilles, ni la brise du matin qui les fait bruisser, mais un son propre, le son du tronc, et le son silencieux des racines. Il faut être extrêmement sensible pour entendre ce son. Ce n’est pas le bruit du monde, du bavardage de la pensée, ni celui des querelles humaines et des guerres, mais le son propre de l’univers.
Il est curieux que nous ayons si peu de rapports avec la nature, avec les insectes, la grenouille bondissante, et le hibou qui hulule d’une colline à l’autre, appelant un compagnon. Il semble que nous n’éprouvions pas de sentiment à l’égard de tous les êtres vivants de la terre. Si nous pouvions établir une relation profonde et durable avec la nature, nous ne tuerions jamais d’animaux pour nous nourrir, nous ne ferions jamais de mal aux singes, aux chiens ou aux cochons d’Inde en pratiquant la vivisection dans notre seul intérêt. Nous trouverions d’autres moyens de soigner nos blessures et de guérir nos maladies. Mais la guérison de l’esprit est tout autre chose. Cette guérison s’opère peu à peu au contact de la nature, de l’orange sur sa branche, du brin d’herbe qui se fraie un passage dans le ciment, et des collines couvertes, cachées par les nuages.

CIORAN: De l’inconvénient d’être né

À quel point l’humanité est en régression, rien ne le prouve mieux que l’impossibilité de trouver un seul peuple, une seule tribu, où la naissance provoque encore deuil et lamentation.

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S’insurger contre l’hérédité c’est s’insurger contre des milliards d’années, contre la première cellule.

par univerzoro Posté dans humeur

CIORAN, De l’inconvénient d’être né

Trois heures du matin. Je perçois cette seconde, et puis cette autre, je fais le bilan de chaque minute.
Pourquoi tout cela ? — Parce que je suis né.
C’est d’un type spécial de veilles que dérive la mise en cause de la naissance.

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« Depuis que je suis au monde » — ce depuis me paraît chargé d’une signification si effrayante qu’elle en devient insoutenable.

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Il existe une connaissance qui enlève poids et portée à ce qu’on fait : pour elle ; tout est privé de fondement, sauf elle-même. Pure au point d’abhorrer jusqu’à l’idée d’objet, elle traduit ce savoir extrême selon lequel commettre ou ne pas commettre un acte c’est tout un et qui s’accompagne d’une satisfaction extrême elle aussi : celle de pouvoir répéter, en chaque rencontre, qu’aucun geste qu’on exécute ne vaut qu’on y adhère, que rien n’est rehaussé par quelque trace de substance, que la « réalité » est du ressort de l’insensé. Une telle connaissance mériterait d’être appelée posthume : elle s’opère comme si le connaissant était vivant et non vivant, être et souvenir d’être. « C’est déjà du passé », dit-il de tout ce qu’il accomplit, dans l’instant même de l’acte, qui de la sorte est à jamais destitué de présent.

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Nous ne courons pas vers la mort, nous fuyons la catastrophe de la naissance, nous nous démenons, rescapés qui essaient de l’oublier. La peur de la mort n’est que la projection dans l’avenir d’une peur qui remonte à notre premier instant.

par univerzoro Posté dans humeur

Livre,m.ricard,t. L’Infini dans la paume de la main

En fin de compte, si on écarte le hasard et la théorie des univers parallèles et si on postule qu’il y a un seul univers, le nôtre, je pense qu’il faut parier, comme Pascal, sur l’existence d’un principe créateur.

M. – Fort bien. Examinons ce principe. Tout d’abord, suppose-t-il une volonté de créer ?

T. – Il aurait réglé les constantes et les conditions initiales pour qu’elles aboutissent à un univers conscient de lui-même. Libre à nous de l’appeler Dieu ou non. Pour moi, ce n’est pas un Dieu personnifié, mais un principe panthéiste omniprésent dans la Nature. Einstein l’a décrit ainsi : « Il est certain que la conviction, apparentée au sentiment religieux, que le monde est rationnel, ou au moins intelligible, est à la base de tout travail scientifique un peu élaboré. Cette conviction constitue ma conception de Dieu. C’est celle de Spinoza. »

La science moderne a d’ailleurs éclairé d’un jour nouveau certains arguments utilisés par les philosophes et les théologiens occidentaux du passé pour démontrer l’existence d’un Dieu « classique ». L’argument de la complexité, tout d’abord, affirme que seul un Créateur peut être responsable d’un univers si complexe et structuré : une montre ne peut être que l’œuvre d’un horloger, elle ne s’assemble pas toute seule. Un livre ne peut être écrit en jetant sur une table un encrier, une plume et des feuilles de papier. Mais cet argument est mis à mal par la science contemporaine qui montre que des systèmes très complexes peuvent résulter d’une évolution tout à fait naturelle selon des lois physiques et biologiques connues, et que nul n’a besoin de faire appel à un Dieu horloger.

Vient ensuite l’argument « cosmologique » utilisé par Platon, Aristote, saint Thomas d’Aquin et Kant : tout a une cause. Or il ne peut y avoir une chaîne infinie de causes contingentes. Celle-ci doit nécessairement s’arrêter à une cause première, qui est Dieu.

M. – Voilà un argument bien curieux. Pour quelle raison la chaîne des causes ne serait-elle pas infinie dans le temps et la complexité ? Cela contredit-il quelque loi de la nature ? À quel nombre de causes devrions-nous nous arrêter pour dire : « Ça suffit, je ne vais pas continuer à remonter dans le temps ad infinitum, passons à un créateur sans cause » ?

(Cf. L’Infini dans la paume de la main)

: L’Infini dans la paume de la main

La cosmologie moderne redécouvre ainsi la profonde connexion entre l’homme et l’univers. Le message d’espoir de Paul Claudel répond au cri d’angoisse de Pascal et témoigne de ce réenchantement du monde : « Le silence éternel des espaces infinis ne m’effraie plus. Je m’y promène avec une confiance familière. Nous n’habitons pas un coin perdu d’un désert farouche et impraticable. Tout dans le monde nous est fraternel et familier. »

(, L’Infini dans la paume de la main)trin xuan /ricoeur

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Si tu le dis ….

Alors pourquoi la douleur et la conscience, pourquoi la faiblesse, pourquoi les pourquoi

par univerzoro Posté dans humeur

détrangesfils

peux tu me sauver
mots néant perdus
déchirés des sensations
la mer ne peux te sauver
inachevés,nous sommes nus
le temps déserte l’horizon
de peurs mes mains entrelacées
nouant des pensées de pierre
noyée,va rejoindre la rivière
mes yeux d’obscures nuées
sont clos jusqu’à l’éternité
mon enfant où est ma lumière
elle a fuit le baiser
de la mort destinée
mes lèvres meurtries d’hier
seront à jamais fermées
le ciel  tombe imbibée
de l’atmosphère des larmes endeuillées

Partager: [Les univers multiples T1] Temps, domaine SF

Les populations pouvaient entrer en guerre à la fois pour et contre l’environnement. On en avait déjà eu un exemple lorsqu’un missile sol-air avait détruit le Znamya, le miroir gonflable géant que l’on aurait dû placer en orbite pour éclairer le ciel nocturne au-dessus de Kiev. Et un autre avec une attaque similaire perpétrée contre les récifs en boule déposés sur le plateau continental de la côte atlantique, des sphères de béton géantes censées attirer des algues à croissance rapide et absorber les excès de gaz carbonique de l’atmosphère. (Maura ressentit un certain amusement teinté de mécontentement en constatant que le Pied à l’Étrier était parmi ceux qui avaient beaucoup investi dans les deux projets.)
Mais il pouvait y avoir bien pire. L’environnement était par nature instable, ou du moins quasiment stable, sans plus. Si quelqu’un trouvait un moyen de le déséquilibrer, il suffisait d’un petit coup de pouce…
Et c’était seulement ce que l’homme pouvait faire. Il y avait aussi les catastrophes naturelles. La bonne vieille collision avec un astéroïde était toujours sur les rangs.
Emma découvrit de surcroît que la Terre était en retard d’une éruption volcanique d’une ampleur encore jamais enregistrée dans l’histoire. Elle aurait pour conséquence un « hiver volcanique » équivalent aux séquelles d’une guerre nucléaire.
À moins que les radiations émises par une supernova voisine ne balayent toute vie sur la planète. Emma apprit en outre que la Terre se déplaçait en fait à l’intérieur d’une bulle d’espace créée par une explosion de ce type.
Et elle apprit encore autre chose : le passage de la Terre dans un nuage interstellaire pouvait déclencher une nouvelle ère glaciaire.
Le rapport se terminait sur des spéculations plus baroques encore. Pourquoi des extraterrestres ne nous anéantiraient-ils pas ? Et si une espèce étrangère était en train de transformer le Système solaire sans même se rendre compte de notre existence ?
Et la désintégration du vide ? L’espace lui-même paraissait instable, comme une statue posée sur un socle étroit. Il pouvait supporter de petites perturbations (« petit », dans ce cas, incluait des phénomènes comme les explosions au cœur de la Galaxie) mais un coup de coude assez fort au bon endroit pouvait faire que tout culbute et prenne… eh bien, une nouvelle forme. Ce qu’il fallait en retenir, semblait-il, c’était qu’une calamité de ce genre signifierait non seulement la fin du monde, mais aussi celle de l’univers.
Et ainsi de suite. La liste d’apocalypses plus ou

par univerzoro Posté dans humeur