La première et dernière liberté, Krishnamurti

Je pense que, sans trop de discussions, sans trop d’expressions verbales, nous sommes tous conscients du fait que nous vivons actuellement dans un chaos, une confusion, une misère, à la fois individuels et collectifs.
Cela est vrai non seulement en Inde, mais partout dans le monde : en Chine, en Amérique, en Angleterre, en Allemagne, bref, le monde entier est dans un état de confusion, de misère grandissante. Cette souffrance, non seulement individuelle mais aussi collective, est extraordinairement aiguë. Il s’agit donc d’une catastrophe mondiale, et la limiter à une simple région géographique, à telle section colorée de la mappemonde serait absurde, car cela nous empêcherait de comprendre la pleine signification de cette souffrance mondiale et individuelle. Étant conscients de cette confusion, quelle est notre réponse à ce fait ? Comment y réagissons-nous ?
La souffrance est politique, sociale, religieuse; tout notre être psychologique est dans la confusion, nos chefs politiques et religieux n’y peuvent rien et les livres sacrés ont perdu leur valeur. Vous pouvez consulter la Bhagavad Gîtâ ou la Bible ou le dernier traité de politique ou de psychologie et vous verrez qu’ils ont perdu la résonance, la qualité de la vérité. Ce ne sont plus que de simples mots. Et vous-mêmes, qui faites profession de répéter ces mots, vous êtes confus et incertains, cette répétition ne transmet rien. Ainsi, les mots et les livres ont perdu leur signification et vous, qui citez la Bible, Karl Marx ou la Bhagavad Gîtâ, étant vous-mêmes dans l’incertitude et la confusion, votre répétition devient mensonge, les mots écrits ne sont plus que propagande, et la propagande n’est pas la vérité. Aussitôt que vous vous mettez à répéter, vous cessez de comprendre votre propre état d’esprit. Vous ne faites que cacher votre confusion au moyen de l’autorité que vous accordez à des mots. Mais ce que nous essayons de faire, ici, c’est comprendre cette confusion et non la recouvrir au moyen de citations. Or, quelle est votre réponse à cela ? Comment réagissez-vous à cet énorme chaos, à cette confuse incertitude de l’existence ? Soyez-en conscients à mesure que j’en parle; ne suivez pas mes mots mais la pensée qui agit en vous. La plupart d’entre nous ont l’habitude d’être des spectateurs et de ne pas participer à l’action; de lire des livres et de ne pas en écrire; être spectateur est devenu une tradition, 7
notre habitude nationale et universelle. J.Krishnamurti

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 La première et dernière liberté, J.Krishnamurti

Introduction
Communiquer l’un avec l’autre, même si l’on se connaît très bien, est extrêmement difficile. Il se peut que j’emploie des mots dans un sens qui n’est pas le vôtre, mais il ne peut y avoir de compréhension entre nous que si nous nous rencontrons au même niveau, au même instant. Une telle entente comporte une affection réelle entre une personne et l’autre, entre mari et femme, entre amis intimes. C’est cela la vraie communion: une compréhension réciproque et instantanée qui se produit lorsqu’on se rencontre au même niveau, au même instant. Cette communion spontanée, effective et comportant une action définie est très difficile à établir. J’emploie des mots simples, qui ne sont pas techniques, car je pense qu’aucun mode spécialisé d’expression ne peut nous aider à résoudre nos problèmes fondamentaux. Je ne me servirai donc d’aucun terme technique employé soit en psychologie, soit en science. Je n’ai, heureusement, lu aucun livre de psychologie ou de doctrine religieuse. Je voudrais transmettre, au moyen des mots très simples de la vie quotidienne, un sens plus profond que celui qu’on leur accorde habituellement; mais cela me sera difficile si vous ne savez pas écouter.
Il existe un art d’écouter. Pour écouter réellement, il faut pouvoir abandonner, ou écarter, tous les préjugés, les expressions toutes faites et les activités quotidiennes. Lorsque l’on est dans un état d’esprit réceptif, l’on peut comprendre aisément; vous écoutez aussitôt que vous accordez réellement votre attention à ce que l’on dit. Mais, malheureusement, la plupart d’entre nous écoutent à travers un écran de résistances. Nous vivons derrière un écran fait de préjugés, religieux ou spirituels, psychologiques ou scientifiques, ou composé de nos soucis quotidiens, de nos désirs et de nos craintes. Et, abrités derrière tout cela, nous écoutons. Donc, nous n’entendons en réalité que notre propre bruit, notre son, et non pas ce que l’on nous dit. Il est extrêmement difficile de mettre de côté notre formation, nos préjugés, nos inclinations, nos résistances, et, allant au-delà de l’expression verbale, d’écouter de façon à comprendre instantanément ce que l’on nous dit. Ce sera là une de nos difficultés.

joyeuz merde pere noel

 

ma nièce 6 ans a de plus en plus de mal à marcher, icm, non pas poids idéal mais paralysie cérébrale, dystonie, petite fille intelligente, et qui était joyeuse, qui aimait danser sur la musique gitane, et pan ! la nature t’envoie une paralysie dans la gueule ! tu restes sur ta chaise et tu bouges pas !

elle marche tordue, les jambes en X , les pieds déformés, se tient au meubles, devient molle, perd de sa joie, heureusement, j’ai jamais fait de gosse avec quiconque, tu donnes la vie mais tu prends aussi la maladie, la mort, et toutes les merdes …

non merci, je ne ferais jamais une telle horreur, quitte à faire crever l’humanité …

que va t elle devenir cette gamine ? besoin d’aide tout le temps et de plus d’amour et d’attention, mais elle a un père qui est un gros con et qui ne crois pas à sa maladie et l’oblige à forcer sur ces muscles, qui a le plus a donné une mère ou un père ? l’hypocrisie de la modernité, les mères ont perdu leur droits, ou leur envie d’être mère ? misère !

des parents séparés , petite fille sac à patate ballottée d’un point à un autre, quelle merde cette nouvelle humanité, allez y à fond , créer de la misère, du désespoir, même si la joie existe, et alors ? résultat social ? des êtres déchirés …

occuper les êtres humains, que les riches exploitent les pauvres, que la médecine avance sur le dos des morts, que la science et le business avancent sur l’empoisonnement et les fabuleux miracles de l’ennui et de l’illusion , que le progrés avance sur les guerres atroces et les innocents déchirés, mutilés et en pièces, humanité qui es tu ? où vas tu ? nulle part, et donc ? tout es permis ? tout es impossible ? tout n’est que vide ? comme toujours le sens de tout ça ? la bouffonnerie et la blague générale, celle du pet dans l’eau d’un bain moussant aromatisé à la lavande : le summum …

CIORAN: Exercices négatifs

EXASPÉRATION

Je comprends l’état de celui qui renonce au monde : qu’est-ce qu’on y trouve qui vaille la peine d’y rester ? Je vis au seuil du couvent : le manque de foi m’empêche d’y entrer ; d’autre part, le dégoût des hommes m’[en]159 éloigne, et je suis aussi peu à Dieu qu’à ses fils. Je n’ai que l’imitation du moine sans ses certitudes, son horreur du temps sans l’espoir de l’éternité, et une vision de la vie qui m’oblige [à] la fuir sans moyen de lui substituer autre chose, ne pouvant chérir ses balivernes ni me reposer dans l’absolu. Tout me bannit du monde ; tout m’arrête dans la marche vers le ciel, et je n’ai qu’une tristesse sans direction, une âme sans caractère, un moi ivre d’une liberté qui le perd. Je me représente toutes les haines de tous ceux qui abandonnèrent le monde : je les assume ; toutes les crispations qui firent frissonner les monastères : je les ressens ; tous les cauchemars qui traversèrent les solitudes : je les prends à mon compte.

(CIORAN, Exercices négatifs)

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LA PENSÉE MACABRE

Ces pauses subites dans l’indifférence, ces fulgurations dans la monotonie habituelle : des cadavres surgissent et disparaissent ; on s’y reconnaît ; on s’y distingue soi-même. En un clin d’œil, l’espace est farci de vers, et le temps déroule sa pourriture148. Cette vision dure peu ; mais elle se déguise et glisse – pour s’y perpétuer – dans les concepts ; elle altère la pensée, en corrompt la nature, la direction et la couleur : c’est un processus analogue qui à la fin du Moyen Âge donna naissance à la série de Danses macabres et à ce pullulement de livres que l’on intitulait : « L’art de mourir ». Dans les poèmes de Jacopone da Todi149 ou dans les images de Holbein, c’est la terreur de la physiologie qui détermine cette vision de chair abolie et de squelette gambadant. Et, en effet, rien n’est plus troublant que les vérités de la physiologie : nos plus concrètes et nos plus profondes angoisses en procèdent, comme si nos os et la graisse qui s’y agrippe constituaient le fondement unique de nos tourments et qu’il n’y eût point de réalité supérieure à la condition de notre poussière. En vain chercherions-nous d’y opposer tant de réflexions nourries de sérénité : nos organes, nos tripes, nos glandes, enveloppés dans un fiel diffus, concourent à la ruine de ces réflexions et se concertent à leur imposer un autre corps et un modèle de « savoir » tout différent. Et c’est ainsi que nous tombons en dépendance de notre corps, et que notre esprit, pour l’avoir trop souvent imaginé en décomposition, se décompose avec lui.

(cioran, Exercices négatifs)

Vanités plurielles

La révolution du silence), Krishnamurti

Être religieux ce n’est pas porter un pagne, n’avoir qu’un repas par jour, ou répéter quelque mantra ou quelques phrases absurdes bien qu’elles puissent agir comme stimulants. Et c’est être encore mondain lorsqu’on renonce au monde et qu’on en fait partie intérieurement, parce qu’on est envieux, avide et peureux, qu’on accepte l’autorité et la division entre celui qui sait et celui qui ne sait pas. C’est encore s’attacher au siècle que de rechercher une réussite, que ce soit la célébrité ou la réalisation d’un but que l’on appelle l’idéal, ou Dieu, ou autrement. Ce qui est essentiellement du siècle c’est accepter la tradition d’une culture. Se retirer dans une montagne, loin des hommes, n’élimine pas cette vanité. La réalité, en aucune circonstance, ne se trouve dans cette direction.

Il faut être seul, mais cet état n’est pas un isolement. Il implique un affranchissement du monde de l’avidité, de la haine et de la violence, avec ses subtilités, sa douloureuse solitude et son désespoir.

Être seul c’est être un étranger qui n’appartient à aucune religion, nation ou croyance, à aucun dogme. Être seul est l’état d’une innocence que n’ont jamais atteint les méfaits commis par l’homme. C’est une innocence qui peut vivre dans le monde, avec toutes ses confusions, et pourtant ne pas y appartenir. Elle ne porte aucun revêtement particulier. La floraison du bien n’a lieu le long d’aucun sentier, car il n’y a pas de sentier qui mène à la vérité.

(Moon+ Reader v3.0, La révolution du silence), Krishnamurti

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Ecclésiaste 1:2-11 /bible

Vanité des vanités, dit le Prédicateur ; vanité des vanités ! Tout est vanité. Quel profit a l’homme de tout son labeur dont il se tourmente sous le soleil ? Une génération s’en va, et une génération vient ; et la terre subsiste toujours. Et le soleil se lève, et le soleil se couche, et il se hâte vers son lieu où il se lève, Le vent va vers le midi, et il tourne vers le nord ; il tourne et retourne ; et le vent revient sur ses circuits. Toutes les rivières vont vers la mer, et la mer n’est pas remplie ; au lieu où les rivières allaient, là elles vont de nouveau. Toutes choses travaillent, l’homme ne peut le dire ; l’œil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se satisfait pas d’entendre. Ce qui a été, c’est ce qui sera ; et ce qui a été fait, c’est ce qui se fera ; et il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Y a-t-il une chose dont on puisse dire : Regarde ceci, c’est nouveau ? — Elle a été déjà, dans les siècles qui furent avant nous. Il n’y a pas de souvenir des choses qui ont précédé ; et de même, de celles qui seront après, il n’y en aura pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard.
(Ecclésiaste 1:2-11 [FreJND])

premier bilan

clav1

Que retenir de mes premiers mois en milieu scolaire comme technicien ?

étrange de se trouver parfois au milieu du cours à essayer de débloquer un pc ou faire fonctionner un vidéo-propjecteur …

20 ou 25 élèves et un prof attendent …

la pression monte, trouver en qq minutes ou secondes la solution qui va débloquer le problème, mais aussi le cours. faire fonctionner ses neurones, ses souvenirs, sa technicité, ses compétences, sa logique, rester confiant, ne pas avoir peur de l’échec car celui-ci est aussi un apprentissage pour la prochaine fois …

deux sentiments s’opposent, celui de déranger le cours et celui de participer à sa bonne tenue.

comme , intervenir en plein cours sous les bureaux pour débrancher claviers et souris et en rebrancher des fonctionnels, ça c’est perturbant, mais se dire aussi que certains ados détruisent volontairement du matériel, pourquoi ? ennui ? révolte contre quoi ? qu’est-ce qui échoue à ce moment là quand un jeune arrache consciencieusement des touches de claviers ?

moi-même je n’aurai jamais eu l’idée de m’en prendre à un clavier (il n’y avait pas d’informatique à l’école à cette l’époque) , les lettres, les mots, le centre de l’écriture , voilà ce que m’évoque ceci. le manque de communication, d’échange de mots ? le refus d’écrire, de s’exprimer, comment les rendre responsable de devoir prendre soin d’un matériel commun ? quel déclic peut entamer une démarche de compréhension de la vie en groupe ?

il faut dire que je suis tombé dans un lycée où pour certains c’est la dernière chance d’arriver à qq chose, un lycée pro ce n’est pas une mince affaire, que leur manquent ils à ces quelques jeunes qui saccagent ? l’espoir ? du concret ? de l’intégration ? mais aussi un miroir car certains ne doivent même pas savoir comment ils fonctionnent, tout comme les lettres qui manquent sur un clavier, ils leur manquent des mots pour écrire leur histoire, peut être …

quels auteurs convoquer pour tenter d’expliquer ces comportements ?
en tout cas c’est enrichissant de rencontrer toutes ces différences dans un lycée et de voir les usages du numérique … même les mauvais.

bien-sur les élèves ne sont pas seul en cause, ils vivent dans un système et les causes sont donc multiples, y compris celui de la technique et de l’intendance, quelle organisation optimale mettre en place ? tant de questions !
à suivre …

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Il appartient donc à chacun de nous de savoir s’il veut être absolument libre. Si nous le voulons, nous devons commencer par comprendre la nature et la structure de la liberté.

Est-ce de « quelque chose que nous voulons nous libérer? De la douleur? De l’angoisse? Cela ne serait pas vouloir la liberté, qui est un état d’esprit tout différent. Supposons que vous vous libériez de la jalousie. Avez-vous atteint la liberté ou n’avez-vous fait que réagir, ce qui n’a en rien modifié votre état?

On peut très aisément s’affranchir d’un dogme en l’analysant, en le rejetant, mais le mobile de cette délivrance provient toujours d’une réaction particulière due, par exemple, au fait que ce dogme n’est plus à la mode ou qu’il ne convient plus. On peut se libérer du nationalisme parce que l’on croit à l’internationalisme ou parce que l’on pense que ce dogme stupide, avec ses drapeaux et ses valeurs de rebut, ne correspond pas aux nécessités économiques. S’en débarrasser devient facile. On peut aussi réagir contre tel chef spirituel ou politique qui aurait promis la liberté moyennant une discipline ou une révolte. Mais de telles conclusions logiques, de tels raisonnements ont-ils un rapport quelconque avec la liberté ?

Si l’on se déclare libéré de « quelque chose », cela n’est qu’une réaction qui engendrera une nouvelle réaction, laquelle donnera lieu à un autre conformisme, à une nouvelle forme de domination. De cette façon, on déclenche des réactions en chaîne et l’on imagine que chacune d’elles est une libération.

Mais il ne s’agit là que d’une continuité modifiée du passé, à laquelle l’esprit s’accroche.
[…]
La liberté ne survient que lorsque l’action est celle d’une vision claire ; elle n’est jamais déclenchée par une révolte. Voir clairement c’est agir, et cette action est aussi instantanée que lorsqu’on fait face à un danger. Il n’y a, alors, aucune élaboration cérébrale, aucune controverse, aucune hésitation ; c’est le danger lui-même qui provoque l’acte. Ainsi, voir c’est à la fois agir et être libre.

La liberté est un état d’esprit, non le fait d’être affranchi de « quelque chose » ; c’est un sens de liberté ; c’est la liberté de douter, de remettre tout en question ; c’est une liberté si intense, active, vigoureuse, qu’elle rejette toute forme de sujétion, d’esclavage, de conformisme, d’acceptation. C’est un état où l’on est absolument seul, mais peut-il se produire lorsqu’on a été formé par une culture de façon à être toujours tributaire, aussi bien d’un milieu que de ses propres tendances? Peut-on, étant ainsi constitué, trouver cette liberté qui est solitude totale, en laquelle n’ont de place ni chefs spirituels, ni traditions, ni autorités?

0, Se Liberer Du Connu)

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L’homme qui est venu nous voir plus tard, ce jour-là, nous dit être un instructeur d’artillerie dans la marine. Il était venu avec sa femme et deux enfants et avait l’air d’être un homme très sérieux. Après les salutations d’usage, il dit qu’il aimerait trouver Dieu. Il ne s’exprimait pas très bien : peut-être était-il un peu timide. Ses mains et son visage étaient d’un homme assez dégourdi, mais il avait une certaine dureté dans la voix et dans le regard – car, après tout, il enseignait une façon de tuer. Dieu semblait si éloigné de ses activités quotidiennes ! Le tout semblait si insolite ! Car voilà un homme qui se disait sincèrement à la recherche de Dieu et pourtant son gagne-pain l’obligeait à enseigner l’art de tuer.

Il dit qu’il était de sentiments religieux et qu’il avait erré à travers de nombreuses écoles tenues par de soi-disant saints hommes, d’opinions différentes. Il n’avait été satisfait par aucune d’elles et il avait maintenant entrepris un long voyage par train et par autobus, pour nous voir car il voulait savoir comment atteindre ce monde étrange que tant d’hommes et tant de saints ont cherché. Sa femme et ses enfants étaient assis respectueusement en silence, et sur une branche tout près de la fenêtre, une tourterelle beige clair roucoulait doucement, toute seule. L’homme ne la regarda pas une seule fois et les enfants avec leur mère demeuraient assis, rigides, nerveux, sans jamais sourire.

On ne peut pas trouver Dieu ; il n’y a pas de chemin pour cela. L’homme a inventé de nombreuses religions, des croyances, des sauveurs et des guides dont il pense qu’ils l’aideront à trouver une félicité sans fin. La misère de la recherche est qu’elle conduit à des imaginations de l’esprit, à des visions que l’esprit projette et évalue au moyen de choses connues. L’amour qu’il cherche est détruit par sa façon de vivre. On ne peut pas avoir une arme dans une main et Dieu dans l’autre. Dieu n’est qu’un symbole, un mot qui a perdu son sens, car les églises et les lieux de dévotion l’ont détruit.

Bien sûr, celui qui ne croit pas en Dieu est comme celui qui croit : l’un et l’autre souffrent et passent par la douleur d’une vie brève et vaine, et l’amertume de chaque journée, fait de cette vie une chose qui n’a pas de sens. La réalité n’est pas au bout d’un courant de pensée, et un cœur vide est rempli par les mots de la pensée. Nous devenons très habiles, nous inventons des philosophies, et puis vient l’amertume de leur faillite. Nous avons inventé des théories sur la façon d’atteindre l’Ultime et le dévot va au temple et se perd dans les imaginations de son esprit. Le moine et le saint ne voient pas que pour l’un et l’autre la réalité fait partie d’une tradition, d’une culture qui les accepte dans la catégorie des saints et des moines.

La tourterelle s’est envolée et la beauté de la montagne de nuages recouvre les champs et la vérité est là où on ne regarde jamais

(Moon+ Reader v3.0, La révolution du silence, Krishnamurti)
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Alors ? Observe … non ?

Partager: Solitude et destin CIORAN

La douleur a-t-elle un sens ? Mais la vie elle-même en a-t-elle un ? Il est certain que, pour accéder à un bonheur relatif, il est indispensable de négliger naturellement, et non pas d’exclure volontairement, la si destructive problématique de la finalité. Tous les chercheurs de sens sont des hommes irrémédiablement perdus. Nous faisons allusion, évidemment, aux natures problématiques, et non à celles qui trouvent avant de chercher. Si l’on garde des illusions morales quand on se met à explorer les profondeurs, on va vers de graves déconvenues, car on ne peut pas ne pas constater que le centre substantiel du monde se trouve dans l’irrationnel, découverte propre à ruiner un esprit constructif. Pourquoi ceux qui ont trop cherché finissent-ils dans le renoncement ou le désespoir ? Parce qu’il est totalement impossible de trouver dans la vie un sens ayant une validité évidente et impérieuse. Qu’on ne vienne pas m’opposer les nombreuses problématiques qui ont débouché sur l’expérience religieuse, car celle-ci constitue précisément l’un des plus grands renoncements. Et puis, la religion n’a pas rasséréné les gens qui sont passés par là ; ils sont restés prisonniers de leur tourment initial, inaptes au bonheur sur terre. Peut-on leur dire qu’ils se sont trompés de voie ? Mais ils n’y sont pour rien ! Ou bien les hommes seraient-ils heureux sans le savoir ? Voilà une question bizarre, mais qui n’est pas sans fondement. Pourquoi est-il si difficile de renoncer ? Outre que le caractère impérialiste de la vie représente un obstacle essentiel sur le chemin du renoncement, celui-ci est difficile parce qu’il n’est jamais intégral, absolu et rapide et que, du fait qu’il se réalise progressivement, il crée une atmosphère d’agonie longue et voulue. On ne peut pas jeter la vie hors de soi morceau par morceau, on ne peut pas se réduire soi-même à une illusion. Un renoncement subit, ayant la rapidité de la foudre, oui ; mais il n’y a que le suicide pour cela. La vie est, dans tous les cas, préférable au néant, parce qu’elle est quelque chose, tandis que le néant ? Quelles raisons peut-on opposer à un suicidaire ? Rien que des raisons absurdes, par exemple lui demander de penser au fait que le Danube ne coule pas vers sa source ou que les montagnes ne rient pas. Je trouverai toujours suffisamment de raisons absurdes pour ne pas me suicider. Vous parlez du travail, du progrès, de l’harmonie ? Fadaises !

(Moon+ Reader v3.0, Solitude et destin) CIORAN

Partager: Solitude et destin CIORAN

Chacun porte son destin sans que personne d’autre ne puisse en assumer la responsabilité ; de même, on est seul dans la douleur, sans que personne d’autre ne puisse l’endosser à notre place. Celui qui s’est pris pour le rédempteur des hommes faisait plus que s’illusionner quand il croyait pouvoir racheter leurs péchés ou se charger de leurs souffrances. Sommes-nous plus heureux aujourd’hui parce qu’il s’est sacrifié pour nous ? Le salut ? Mais le salut est une illusion, une impossibilité. La conception chrétienne de la douleur est pleine d’illusions, car souffrir pour les souffrances du monde est aussi inefficace que se réjouir pour les joies du monde. Le christianisme n’a pas compris ceci : on ne peut pas souffrir à la place d’un autre et il est inutile d’essayer de tirer l’homme de la solitude de la douleur.

(Moon+ Reader v3.0, Solitude et destin) CIORAN
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C’est vrai quoi …
Pour contrer CIORAN il faudrait lui opposer Levinas mais j’en ai pas sous la main, le face à face à l’autre, le visage, la souffrance et l’ autre, etc…
Pour que le salut il aurait fallu que l’humanité partage et soi au plus près de l’autre, mais un fossé sans fond partage les humains entre chaque humains quand bien même, la compassion serait notre religion à tous …

Partager: Solitude et destin, CIORAN

La souffrance est l’école de la tolérance. Apprendre à souffrir, c’est apprendre à pardonner. Pourquoi pardonne-t-on ? Parce que, dans la douleur, on se détache progressivement des choses. Dans le désespoir, détaché de tout, on pardonne tout. L’homme normal et médiocre, attaché au monde qui l’entoure, pris par des occupations mesquines, incapable de comprendre les états maladifs, ne peut rien pardonner, parce que son attachement aux choses le mène à l’isolement et à l’intolérance. L’homme normal a un style de vie figé et limité, qui se réduit au fond à son intérêt pour l’objet, à son intégration dans l’objectivité. Il attend tout du temps ; d’où le rôle de la surprise dans sa vie. Incapable de s’élever au-dessus de la série temporelle, il est un prisonnier du cours démoniaque du temps.

(Moon+ Reader v3.0, Solitude et destin) CIORAN