Partager: La révolution du silence

La liberté est-elle le contraire de l’esclavage ? Est-ce la liberté lorsque, étant dans une prison, et sachant qu’on y est, et étant conscient de toutes les servitudes de la prison, on imagine la liberté ? L’imagination peut-elle jamais donner la liberté ou n’est-ce qu’un fantasme de la pensée ? Ce que nous connaissons en fait, et ce qui, en fait, est, c’est la servitude – non seulement aux choses extérieures, à la maison, à la famille, à l’emploi – mais aussi, intérieurement, aux traditions, aux habitudes, au plaisir de dominer et de posséder, à la peur, au succès et à tant d’autres choses. Lorsque le succès donne du plaisir, on ne parle jamais de se libérer, on n’y pense même pas. Nous ne parlons de liberté qu’en cas de douleur. Nous sommes enchaînés à la fois extérieurement et intérieurement et cette servitude constitue ce qui est. Et la résistance à ce qui est nous l’appelons liberté. On résiste ou l’on s’évade, ou l’on essaie de supprimer ce qui est, en espérant, par ce moyen, parvenir à une certaine forme de liberté. Intérieurement, nous ne connaissons que deux choses : la servitude et la résistance ; et la résistance crée la servitude.

« Je suis désolé, je ne comprends rien du tout. » Lorsque vous résistez à la colère ou à la haine, que s’est-il produit en fait ? Vous avez construit un mur contre la haine, mais elle est encore là ; le mur ne fait que vous la cacher. Ou encore, vous prenez la résolution de ne pas vous fâcher, mais cette décision fait partie de la colère, laquelle est attisée par votre résistance. Vous pouvez la voir en vous-même, si vous vous observez. Lorsque vous résistez, dominez ou refoulez ou essayez de vous transcender – ce qui revient au même, car ce sont des actes de la volonté – vous épaississez le mur de la résistance, de sorte que vous devenez de plus en plus assujetti, borné, mesquin. C’est en fonction de cette mesquinerie, de cette étroitesse de vue que vous voulez être libre et ce désir même est la réaction qui créera une autre opposition, une autre mesquinerie. Ainsi nous allons d’une opposition à l’autre, en donnant parfois au mur de la résistance une différente coloration, une différente qualité, ou quelque appellation noble. Mais la résistance est une sujétion et la sujétion est une douleur.

(Krishnamurti0, La révolution du silence)

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par univerzoro Posté dans humeur