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Je sors juste de la piscine et je regarde la mer, il fait beau assis sur un banc presque allongé en face de moi les collines de V qui ont brûlé cet été, il ne reste pas grand-chose. juste en face de moi encore l’aéroport de Mars où décolle quelques avions qui passent au-dessus de la ville de

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LA PENSÉE MACABRE

Ces pauses subites dans l’indifférence, ces fulgurations dans la monotonie habituelle : des cadavres surgissent et disparaissent ; on s’y reconnaît ; on s’y distingue soi-même. En un clin d’œil, l’espace est farci de vers, et le temps déroule sa pourriture148. Cette vision dure peu ; mais elle se déguise et glisse – pour s’y perpétuer – dans les concepts ; elle altère la pensée, en corrompt la nature, la direction et la couleur : c’est un processus analogue qui à la fin du Moyen Âge donna naissance à la série de Danses macabres et à ce pullulement de livres que l’on intitulait : « L’art de mourir ». Dans les poèmes de Jacopone da Todi149 ou dans les images de Holbein, c’est la terreur de la physiologie qui détermine cette vision de chair abolie et de squelette gambadant. Et, en effet, rien n’est plus troublant que les vérités de la physiologie : nos plus concrètes et nos plus profondes angoisses en procèdent, comme si nos os et la graisse qui s’y agrippe constituaient le fondement unique de nos tourments et qu’il n’y eût point de réalité supérieure à la condition de notre poussière. En vain chercherions-nous d’y opposer tant de réflexions nourries de sérénité : nos organes, nos tripes, nos glandes, enveloppés dans un fiel diffus, concourent à la ruine de ces réflexions et se concertent à leur imposer un autre corps et un modèle de « savoir » tout différent. Et c’est ainsi que nous tombons en dépendance de notre corps, et que notre esprit, pour l’avoir trop souvent imaginé en décomposition, se décompose avec lui.

(cioran, Exercices négatifs)

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Tout philosophe qui aborde les choses avec une arrière-pensée d’espoir – par là même – se disqualifie pour toujours. Il faut envisager l’univers et les hommes comme si on n’en faisait guère partie. Le penseur doit être monstre ou comédien : il est comédien s’il respecte quoi que ce soit ; monstre, s’il brise ses attaches aux objets et aux créatures, la pensée véritable devenant alors nécessairement le produit d’un non-être. – Par quel prodige de ruse et fausseté la bande d’optimistes a-t-elle envahi l’espace de la philosophie ? C’est qu’il est plus facile de considérer les problèmes en citoyen qu’en solitaire. Servir, servir ! tel est devenu le refrain secret du philosophe qui ne se lasse de prolonger – sur le plan intellectuel – l’œuvre de ses réflexes. « Il me faut un but, comme il en faut un aux autres ! » se répète-t-il avant même d’avoir entrevu une réponse aux insolubles questions qui le pressent. Et voilà l’univers débordant de sens, s’acheminant vers une fin morale, s’empêtrant presque dans une jubilation que pourtant rien ne présage ni ne justifie. Regardez en face chaque instant et la quantité de stupeur qu’il recèle pour un œil non prévenu. Le philosophe-citoyen vous en détourne : « L’avenir est devant vous, vous attend, n’est-ce pas ? Ayez un peu de patience, comptez sur la spiritualisation imminente de la matière, sur le triomphe certain du Bien ; le Mal est-il autre chose qu’un accident ? » Ainsi la superstition et l’espoir ont infesté non seulement la conduite des hommes, mais leur logique même : c’est que peut-être les cœurs ne palpitent et les idées n’agissent qu’entretenus par la farce du bonheur.

(CIORAN ,  Exercices négatifs)

par univerzoro Posté dans humeur