Partager: La révolution du silence, Krishnamurti

La vie religieuse n’est pas de l’autre côté du fleuve, elle est de ce côté-ci, du côté du labeur et de la peine de l’homme. C’est cela qu’il nous faut comprendre, et c’est l’action de comprendre qui est l’acte religieux – non pas le fait de se couvrir de cendres, de porter un pagne ou une mitre, de s’asseoir avec dignité ou de se faire transporter à dos d’éléphant.

Voir l’ensemble de la condition humaine, ses plaisirs et ses souffrances, est de toute première importance, et non spéculer sur ce que devrait être une vie religieuse. Ce qui « devrait être » est un mythe ; c’est une morale que la pensée et l’imagination ont élaborée, et il faut la nier, qu’elle soit sociale, religieuse ou industrielle. Ce rejet n’est pas un acte de l’intellect : il consiste à se dégager de la structure immorale de cette morale.

La question est donc en réalité : « Est-il possible d’en sortir ? » C’est la pensée qui a créé cet effrayant chaos, cette détresse ; c’est elle qui fait obstacle à la vraie religion et à la vie religieuse. Lorsqu’elle s’imagine pouvoir franchir cet obstacle, y parviendrait-elle, ce ne serait jamais que son action propre, et comme elle n’a pas de réalité, elle créerait une autre illusion.

S’affranchir de ce conditionnement n’est pas un acte de la pensée. Il faut le comprendre clairement, autrement on se laisse prendre à nouveau dans le piège de la pensée. Après tout, le « vous-même » est un amas de mémoires, de traditions et de connaissances accumulées par les siècles. Ce n’est que lorsque la douleur prend fin (car la douleur est le résultat de la pensée) que l’on peut se dégager du monde des guerres, de la haine, de l’envie et de la violence. L’acte de ce dégagement est la vie religieuse.

(Moon+ Reader v3.0, La révolution du silence)

Krishnamurti

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