Partager: La révolution du silence, Krishnamurti

Au lieu de demander ce qu’est une vie religieuse, ne serait-il pas préférable, si je peux vous le suggérer, de se demander ce qu’est vivre ? Alors peut-être, pourrons-nous comprendre ce qu’est une vie vraiment religieuse. La vie soi-disant religieuse varie de climat à climat, de secte à secte, de croyance à croyance, et l’homme souffre de la propagande des intérêts organisés et investis par les religions. Si nous pouvions mettre tout cela de côté – non seulement les croyances, les dogmes et les rituels, mais aussi la respectabilité que l’on introduit dans la culture des religions – alors peut-être pourrions-nous découvrir ce qu’est une vie religieuse impolluée par la pensée de l’homme.

Mais auparavant, ainsi que je l’ai dit, voyons ce qu’est vivre. L’actuel, dans l’existence, est le labeur quotidien, la routine avec ses luttes et ses conflits ; c’est la souffrance de la solitude, la sordide misère de la pauvreté et des richesses, l’ambition, la recherche d’un épanouissement, d’une réussite – et la douleur – : cette liste couvre tout le champ de notre vie. C’est cela que nous appelons vivre – gagner ou perdre des batailles, et la perpétuelle poursuite du plaisir.

En contraste, ou en opposition à cela, il y a ce qu’on appelle vivre une vie religieuse, ou une vie spirituelle. Mais le contraire contient le germe même de son opposé, de sorte que bien qu’il puisse paraître différent, en fait il ne l’est pas. Vous pouvez changer le revêtement extérieur, mais la contradiction interne entre ce qui est et ce qu’on souhaite est la même. Cette dualité étant le produit de la pensée, provoque encore plus de conflits, et le couloir de ce conflit est sans fin. Tout cela, nous le savons – des personnes nous l’ont dit, ou nous l’avons éprouvé nous-mêmes : tout cela est ce que nous appelons vivre.

La vie religieuse n’est pas de l’autre côté du fleuve, elle est de ce côté-ci, du côté du labeur et de la peine de l’homme. C’est cela qu’il nous faut comprendre, et c’est l’action de comprendre qui est l’acte religieux – non pas le fait de se couvrir de cendres, de porter un pagne ou une mitre, de s’asseoir avec dignité ou de se faire transporter à dos d’éléphant.

Voir l’ensemble de la condition humaine, ses plaisirs et ses souffrances, est de toute première importance, et non spéculer sur ce que devrait être une vie religieuse. Ce qui « devrait être » est un mythe ; c’est une morale que la pensée et l’imagination ont élaborée, et il faut la nier, qu’elle soit sociale, religieuse ou industrielle. Ce rejet n’est pas un acte de l’intellect : il consiste à se dégager de la structure immorale de cette morale.

La question est donc en réalité : « Est-il possible d’en sortir ? » C’est la pensée qui a créé cet effrayant chaos, cette détresse ; c’est elle qui fait obstacle à la vraie religion et à la vie religieuse.

(Moon+ Reader v3.0, La révolution du silence) Krishnamurti

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