Partager: Simone Weil l’insoumise,

Quand elle entre, en khâgne, au lycée Henri-IV, à l’âge de seize ans, dans la classe de philosophie d’Alain, elle rédige son premier texte, intitulé “Le Conte des six cygnes dans Grimm”, où elle développe, en établissant une comparaison entre la profondeur de pensée de Platon et celle des frères Grimm, une méditation sur le courage de cette héroïne. Sa force réside dans le non-agir. Nous agissons toujours trop, pense-t-elle déjà, de façon désordonnée. Il est bien plus difficile de coudre six chemises d’anémones et de se taire que de se disperser en croyant faire des choses tout en les commentant bruyamment. Se retenir d’agir est notre puissance, pense cette adolescente qui souligne qu’elle rejoint ainsi le plus profond de la pensée orientale. Le professeur, impressionné par l’interprétation philosophique du conte, annota le topo d’une exclamation élogieuse.

Vertu donc qu’est le néant d’action. Ne rien faire n’est pas tomber, encore moins couler. Emprise érotique du désir de sacrifice.
, Simone Weil l’insoumise)
Laure Adler

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